A l’occasion des vendanges 2005 nous avons eu la possibilité de constater sur le domaine les différences gustatives de deux parcelles.

Il s’agit de deux parcelles attenantes sur des sols sablo granitiques, appartenant et plantées par la même personne, la même année avec le même clone de Syrah, présentant la même exposition.La première d’environ 60 ares nous a été louée en 97, cultivée en bio, travail et revitalisation des sols, palissages de deux mètres, taille guyot simple. La deuxième d’environ 30 ares, été louée à un coopérateur et cultivée en conventionnel, herbicides, pesticides, engrais chimiques, mais sans excès pendant la même période. Mêmes caractéristiques de conduite que la précédente sauf le palissage, un peu plus court, 1.7 m. Nous avons récupéré la 2° fin 2004. Durant toute la saison, les deux ont été travaillées de manière identique, bio. J’ajoute que la parcelle bio est la base de notre cuvée UNO.

A l’arrivée, début septembre, nous constatons : Sur la bio, de petits grains, une charge équilibrée, 11% d’alcool potentiel, PH de 3.05, Un goût incomparable, une acidité vive et non déplaisante (peut être pauvre en acide tartrique), une maturité de la peau optimale. La parcelle est vendangée le lendemain. Sur la conventionnelle, des grains faisant le double en taille, une charge supérieure de 15%, 15 jours de retard en maturité phénolique, aucun goût, acidité irritante, encéphalogramme plat.

Jean Pierre Rudelle du comptoir des crus à Perpignan et le responsable du domaine de la Bastida en Rioja étaient présents ce jour là. Personne, moi inclus ne s’attendait à de telles différences. Je n’entends pas tirer de généralités ni réactiver la polémique entre tenant du bio et du conventionnel. Je n’ai pas l’amorce d’une explication scientifique. Je constate simplement qu’un objectif de revitalisation des sols avec pour choix arbitraire d’un travail suivant la charte bio ont, à moyen terme, un impact énorme sur le goût des fruits. Que la taille des baies n’est pas seulement déterminée par la génétique du clone. Que la désintoxication d’une vigne peut prendre de 5 à 10 ans. Que la précocité phénolique est améliorée (15 jours dans notre exemple). Concernant le goût des fruits il y a de grandes probabilités qu’une part importante de nos raisins actuels soit simplement moins bonne que ceux de nos grands parents.

Pour la première fois, j’ai pu constater les conséquences de deux modes de travail dans des situations très comparables. Ces circonstances sont rares. Je me demandais si certain d’entres vous avaient déjà pu comparer des fruits produits selon des modes différents dans des circonstances comparables. Je ne parle évidemment pas des fruits de la GD. Le bio industriel existe aussi et contribue souvent au brouillage du débat en servant d’alibi aux adeptes du conventionnel.