Ce texte a été publié originellement d’avril à mai 2007 sur LPV. Les parties en italique correspondent aux questions qui ont emmaillées cette discussion.

texte alternatifOn constate qu’un grand nombre de domaines de renom travaillent en bio ou bioD. Certains depuis de nombreuses années. Plus rares sont ceux qui décident de communiquer publiquement sur cette option. Encore plus rare ceux qui choisissent de faire certifier leur démarche.

J’entends que certains domaines renommés ne désirent pas communiquer sur le sujet de crainte d’être assimilés à une image soixante-huitarde du bio. Bien qu’ils considèrent que le fait de travailler ainsi soit globalement meilleur.

Il me semble qu’au contraire, c’est cette manière d’appréhender le problème qui est devenue dépassée. La société me semble prête pour voir autre chose parmi les vignerons bios qu’une caricature d’idéalistes paresseux. Mais au contraire, des personnes responsables, ne ménageant pas leurs efforts pour produire autrement et surtout en toute transparence grâce à la certification.

Je constate aussi une attitude récente de certains de nos importateurs notamment du Japon ou des Etats-Unis qui reçoivent (et nous transmettent) des demandes de justification de la part leurs clients.

Personnellement je ne vois pas pourquoi le fait d’être certifié devrait être ressenti comme honteux. Au contraire, si l’on est convaincu de la justesse de sa démarche, ne devrait-on pas la mener à son terme ? C'est-à-dire en accepter le contrôle. Et, par soucis de clarté, la publication auprès des consommateurs.

Certains vignerons ne désirent pas être certifiés, bien qu’affichant un discours naturel, afin de se réserver la possibilité d’utiliser les produits de synthèse en cas de nécessité
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La réalité est moins manichéenne que cela.

Sur le terrain, l'alternative, traiter chimiquement ou mourir, ne se produit pratiquement jamais. D'abord parce qu'en travaillant en bio, on est plus tenu d'anticiper et d'observer qu'en conventionnel. Parce que la palette de curatifs est infiniment plus réduite et leur rémanence moindre. Le fait d'être plus attentif permet de réagir plus rapidement. Et cette réactivité compense en partie le fait de ne pouvoir utiliser que du soufre et de la bouillie bordelaise.

De plus on peut imaginer que si l'on est complètement dépassé par une catastrophe imprévisible, même les produits chimiques les plus puissants ne sauront sauver complètement la récolte.

Ensuite, l'aspect sanitaire n'est pas le seul paramètre. C'est en gros 1/3 de la problématique. Il y a aussi le désherbage et l'alimentation des sols.

Pour le désherbage, le problème est assez simple parce que visible. Une parcelle désherbée chimiquement se voit facilement et une terre morte aussi. Donc un visiteur avisé ne pourra pas être facilement trompé en parcourant les vignes d'un domaine prétendant ne pas désherber chimiquement.

Pour l'alimentation, ça se complique. Parce que ce n'est pas contrôlable à l'œil nu. Et entre une alimentation organique autorisée en bio et des engrais chimiques il y a une sacrée différence de rendement. Dans notre coin, c'est pratiquement du simple au double.

Je ne vois pas comment on peut tenir à long terme un discours "naturel" sur la nécessité de repenser des méthodes qui ont prouvé leur nocivité et en même temps ne pas accepter d'être contrôlé. C'est un peu comme si un sportif de haut niveau nous fait une belle rhétorique sur l'alimentation à l'eau claire. Mais à la moindre difficulté, se réserve le droit de recourir aux produits dopant même s'ils sont autorisés.

A quoi bon faire autant d’efforts supplémentaires pour ne pas trop salir les environs si à la moindre calamité on régresse à la situation initiale ?

Comme je ne trouvais pas de réponse ni d'explication crédible à fournir à nos clients. Nous avons opté pour la certification.

Il existe des vignerons qui travaillent naturellement pour la qualité induite pour leurs raisins et la protection de la santé de leurs employés. Pour eux cet aspect est essentiel et ils se moque d’une quelconque certification.texte alternatif

C'est une démarche tout à fait estimable. Et le fait d'être certifié n'enlèverait rien à leur mérite. Le fait qu'ils se moquent de l'être est aussi un choix personnel respectable. Mais la problématique est autre.

Il s'agit non seulement d'avoir des actes en accord avec son discours. Mais en plus de fournir au consommateur une garantie supplémentaire que le vigneron c'est tenu de manière rigoureuse à ses engagements de mieux respecter la nature et la santé de ses collaborateurs. C'est aussi une marque de respect de ses clients qui n'ont pas les moyens de vérifier la véracité du discours.

Et puis, qu'elle serait l'autre alternative en l'absence de certification ? S'en remettre au discours en espérant qu'il soit honnête. C'est possible mais ce n'est pas une garantie. Si mon message est naturel. Mais que je me réserve la possibilité de faire le contraire si je le juge nécessaire. Que doit penser le consommateur. Ce vin est produit en agriculture biologique ou non. Il y a un risque évident d'arbitraire, de tromperie.

Il n'est en rien incompatible de travailler naturellement et d'accepter le contrôle. C'est un juste un plus. Un engagement vis à vis de soi et d'autrui que quelles que soient les circonstances on est resté fidèle à ses convictions.

Comme tous le monde, je n’aime pas les contrôles. Les tracasseries administratives. Les contraintes. C’est pourtant dans ce cas précis un mal nécessaire. Qui au final débouche sur une plus grande transparence et clarté. Dire ce qu’on fait, faire ce qu’on dit et surtout le prouver.

…une certification, même imparfaite permet quand même de dégrossir les charlatans…texte alternatif

Avoir un discours Naturel c'est bien. Se soumettre volontairement à un contrôle, c'est mieux. C'est un plus. Malgré ses imperfections le système à pour mérite d'exister et de définir précisément un cadre de travail.

Quand tu travailles en Bio de manière sincère, c'est à dire sans désherbant, sans produits systémiques ni engrais chimiques. Que tu communiques sur le sujet. Que, précisément parce que ta démarche est le fruit d'une conviction, tu n'as pas d'avantages commerciaux directs à en retirer. Il vient un moment où tu te poses la question. Puisque je fais tous ces efforts. Puisque cette manière de travailler me semble globalement meilleure. Pourquoi ne pas la faire valider par une entité indépendante. Pourquoi prêterais je le flanc à des soupçons de distorsion entre le discours et la pratique qui tôt ou tard ne manqueront pas de se faire jour. Pourquoi ne pas simplifier mon discours. Le rendre compréhensible à un plus grand nombre avec moins de mots. Et puis tu te mets à la place de l’amateur de tes vins. Je lui présente un monde plus propre. Et à la moindre difficulté je reviens au monde d’avant. Il y a quelque chose qui sonne faux. Tu te sens assis entre deux chaises. Alors tu te dis, pourquoi pas ?

Parmi mes collègues bio du Fenouillèdes. C'est-à-dire des vignerons travaillant sur un terroir à haut potentiel qualitatif. Certainement le plus qualitatif du Roussillon. Des petites unités. Des garagistes si on veut. Mais attention pas du speedy. De l’artisanat, du concret, des personnalités. Ni réchauffé, ni stérile. Du schiste, du granit, du minéral. Je n’en connais pas qui sont en Bio par opportunisme. Par intérêt commercial direct. Tout simplement parce qu’ils n’en avaient pas besoin au départ. Leurs produits étaient déjà qualitativement au dessus de la moyenne. C’est justement dans de ce contexte de désintéressement que la démarche de certification prend tout son sens.texte alternatif

Certains redoutent plus la lourdeur du contrôle que le principe d’être contrôlé si on se revendique d’une méthode de travail. Et justifient leur réticence par le fait que le contrôle ne concerne pas la vinification et que le bio peut aussi constituer une forme de pollution notamment par le cuivre. Ils considèrent aussi qu’il existe des différences dans la rigueur du contrôle suivant les pays.

Au hasard sur ma table cette semaine :

Page 3 du magazine Que Choisir en Mai sur le prix de l’eau : « Plus la qualité de l’eau est mauvaise plus la note est salée. Or l’état des ressources est dramatique. 75% des rivières, 50 % des nappes sont polluées. En cause, principalement les nitrates et les produits phytosanitaires dont la dispersion est très largement imputables aux agriculteurs » Page 7 : 4 études récentes mettent en avant la supériorité d’aliments bio sur le conventionnel. Kiwis bios plus riches en antioxydants. Compote de pomme à niveaux de vitamine C et d’antioxydant largement supérieurs dans les fruits biologiques. Tomates bio, d’avantage de sucre, vitamine C, flavonoides et béta carotène. Pêches bio, teneur en sucres et polyphénols supérieure aux fruits conventionnels

texte alternatifLe principe de base s’écrit en une ligne :

Une viticulture sans désherbant, sans produits systémiques, sans Engrais chimiques. La législation définit les produits autorisés. Il faut bien que quelqu’un le fasse. Et tant mieux si la législation française est plus stricte qu’ailleurs, le label n’en sera que plus crédible et vu l’état de nos rivières ça ne peut pas nous faire de mal. D’ailleurs ceux qui travaillent en bio sans le dire suivent grosso modo le même principe. Le vigneron volontaire pour travailler en bio choisi un organisme de contrôle et le paye. S’il ne lui plait pas il peut en changer. Le contrôleur, qui n’est pas un fonctionnaire, vient vérifier que le principe de base est bien respecté ni plus ni moins.

Point de règle aveugle, point de fonctionnaire (ni obtus ni rien d’autre), point de dictature pour te dire comment y parvenir. Il n’y a pas d’obligation de moyens.

Une règle du jeu et un arbitre. C’est tout.

Tout ce que tu fais dans tes vignes, que tu montres, que tu exprimes, que tu vies, que tu ressens dans tes vignes. Les vignerons certifiés bio le font aussi. La différence, c’est que le consommateur sait précisément ce qu’ils font. Il a la garantie légale que l’argent qu’il dépense n’a pas servie à acheter des désherbants, des engrais chimiques ou des produits systémiques.

texte alternatifPour certains consommateurs c’est important pour d’autres non. Pour moi ça l’est. Dans la mesure du possible j’aime bien savoir d’où viennent les aliments de ma cuisine. Qu’est ce qu’ils contiennent. Comment ils sont faits. Dans le vin aussi, l’AOC, la contre étiquette, LPV… On est tous à la recherche d’informations précises. Le bio définit le mode de culture. C’est déjà beaucoup. Beaucoup de travail, d’argent, d’efforts pour en expliquer le bien fondé. Ce n’est pas un système parfait mais il existe. Alors la cave ? On verra bien, chaque chose en son temps.

…Pour terminer ; mon point de vue d’acheteur face à la question bio. Ma réponse est simple... Cela va peut-être paraître idiot, mais ce qui m’intéresse lorsque j’achète un vin à « l’aveuglette », c’est la critique et non pas la manière dont il est confectionné...

Il y a 30 ans qui se souciaient de l'effet de serre. Des pollutions directes, des frais de dépollution. L'amiante était hautement encouragée, le cow boy marlboro, n'en finissait pas de voir les soleils se coucher, les commerciaux des firmes agrochimiques buvaient le glyphosate après avoir fourni en agent orange l'armée américaine au Vietnam. Depuis l'amiante est prohibée, le cow boy a vu son dernier couché de soleil, les frais de dépollution dus aux pesticides rendent l'eau plus chère dans certaines régions de France.

Sur le plan viticole, l'acidité des vins ne cessant de baisser sous l'effet des déséquilibres induits entre autre par la stérilité de terres gavées de chimie. Les domaines les plus prestigieux et d'autres vignerons se sont convertis à la viticulture biologique et éventuellement biodynamique.

C'est ce que nous avons fait, dés notre premier vin en 2001. Au début je n'ai pas cherché la certification pour à peu prés les mêmes raisons exposées dans les messages contres de cette discussion. Au fil du temps, cette situation m'est apparu gênante. Puisque nous avions choisi de travailler ainsi. Puisque nous travaillions ainsi de manière rigoureuse. C'est à dire sans s'autoriser un autre mode de culture, même en cas d'impasse. Puisque nous communiquions là dessus. Puisque nous ne pouvions convaincre le monde entier de l'honnêteté de notre démarche. Pourquoi ne pas accepter la certification.

Je dois dire qu'au début nous ne nous sommes pas imposés du jour au lendemain de ne pas avoir recours à des produits de synthèse. Cela s'est fait en travaillant de cette manière. En constatant que c'était faisable. C'était simplement une autre façon de faire. Qui marchait. C'est pour cela que l'argument qui consiste à prétendre préférer le bio tout en se réservant la possibilité d'utiliser des produits de synthèse ne me semble pas crédible. Parce qu'en agriculture il n'y a pas qu'une voie. Le bio en est une parmi d'autres qui se suffit à elle même. Et qui fonctionne sans l'aide d'autres techniques.

Je comprends que la manière dont est produit le raisin n'intéresse pas. Que seul le résultat compte. Mais aujourd'hui qui achèterait une maison contenant de l'amiante, du boeuf aux hormones, un jardin pollué. Pourtant cette maison pourrait être confortable, cette viande fondante, les fruits de ce jardin énormes.

texte alternatifIl me semble que les choses évoluent. Les amateurs qui visitent notre cave ont envie d'en savoir plus sur notre manière de travailler. Supposons que mes vignes soient travaillées par des esclaves de dix ans. Le produit final ne serait pas moins bon. Pourtant mes clients aimeraient-ils toujours autant notre vin ?

Donc pour les consommateurs que cela intéresse, il y a la certification, la garantie d'une méthode de travail précise. C'est un plus dans le respect du consommateur. Rien d'autre. Ils sont aujourd'hui un certain nombre à y attacher de l'importance. Peut être seront ils plus nombreux demain. Je l'espère. Peut être ne seront ils pas plus nombreux. En attendant nous aurons essayé une méthode de travail qui, si elle n'est pas parfaite a au moins l'intérêt de prouver qu'elle est une alternative crédible. Et pour cela rien ne vaut une activité contrôlée.

NB : Suite à un article paru dans Libération (libération) rapportant les destructions de récoltes dues à la pression exceptionnelle de l’oïdium et du mildiou cette année , une discussion c’est engagée sur LPV le 10.07.07 (lien lpv) sur l’efficacité des moyens de lutte : bio. ou conventionnels.

On peut retenir de cette affaire:

1) Que rien ne prouve jusqu'à aujourd'hui que les bio aient eu plus de dégâts que les conventionnels.

2) Que pour une année exceptionnellement difficile comme celle ci, ce ne sont pas 2 ou 3 bidons qui les séparent des conventionnels mais probablement beaucoup plus.

3) Que le cuivre, si souvent pointé par les casseurs de bio comme le point faible de la certification, est extrêmement contrôlé en certification: 6kg en moyenne sur 5 ans (quand on sait qu'en année normale 1 à 2 kg/ha suffisent). Que rien ne prouve, en l'absence de contrôle, que les conventionnels en utilisent moins.

4) Que les instituts de recherche en phyto. publics seraient bien avisés de profiter de cette année exceptionnelle pour faire un bilan exhaustif de l'efficacité des modes de lutte. Avant que l'industrie agrochimique ne s'en empare avec l'objectivité qu'on lui connaît.

5) Que, comme d'habitude en agriculture, la réalité est plus complexe que les apparences et qu'il est plus rapide et facile de stigmatiser un groupe que de comprendre les causes et effets d'une situation.

6) Je constate aussi que dés le départ les acteurs bio avaient appelé à un minimum de réserve vis à vis de cet article qui finalement n'éclairait que très sommairement la réalité de la situation. En tous cas il ne pouvait constituer une base valable et sérieuse qui permette de valider ou d'invalider de manière définitive le fondement et la justesse d'une démarche.