Le texte qui suit est extrait (publié et traduit avec l’aimable autorisation de l’auteur) de l’article d’introduction du dernier compte rendu de dégustation sur le Roussillon par David Schildknecht pour le Wine Advocate (issue 173). On peut se procurer la totalité de l’étude sur le Languedoc Roussillon par souscription sur http://dat.erobertparker.com/WAStore/ .
Ce texte me semble important car, pour la première fois nous sommes en présence d’un journaliste Américain, travaillant pour le W.A. qui aime cette région, en possède une connaissance des terroirs très précise et surtout dont l’éclectisme de goûts va bien au-delà des clichés habituels. L’intérêt de David pour le Roussillon n’est pas nouveau car depuis plusieurs années il a accompagné la révolution en marche en visitant de nombreux domaines de la nouvelle vague. Cette approche marque une réelle rupture avec la manière dont le Roussillon a pu être traité dans le passé et augure d’une amélioration de la qualité d’analyse de cette région d’une amplitude au moins égale à l’énorme pas qualitatif accompli durant les 10 dernières années.
Le nom « Roussillon » était jusqu’à récemment connu uniquement des passionnés de vin par son rattachement à l’entité « Languedoc-Roussillon ». Toute division de territoire de régions voisines comporte une part d’arbitraire, et d’importants facteurs communs unifient ces deux régions, par exemple des raisins de chacune ou des deux de ces territoires peuvent être mis en bouteille sous l’étiquette « Languedoc ». Néanmoins, il y a de bonnes raisons de traiter séparément les 30000 ha (37000 en 2001) d’appellations diverses lovées contre la frontière Espagnole et regardant vers la mer et/ou les Pyrénées. Nous sommes en Catalogne nord, une région jadis dominée par un autre monarque et une autre langue que celles de France et du Languedoc. Sa complexité géologique, schistes, gneiss, granit et calcaire, et ses microclimats la distinguent du L.R. Quoi d’autre, les vignerons nous prient de bien vouloir les rattacher au Roussillon en tant que tel, et, étant donné l’enthousiasme qu’ils génèrent dans le verre et l’extraordinaire rapport qualité prix représenté par un si grand nombre de leurs vins, c’est bien la moindre des politesses qu’ils méritent et que nous pouvons bien leur accorder.
Jusqu’à 12 ans en arrière, le Roussillon représentait un des « spots » peu nombreux en France où vieilles vignes et terroirs d’enfer (terrific) financièrement à la portée de jeunes vignerons débutants, et un petit mais précieux courant de pionniers (à commencer par Gérard Gauby dans le milieu des années 80) commencèrent à s’implanter dans cette région jusque là dominée par le vénérable Mas Blanc et le Mas Amiel accompagnés par quelques (bien qu’occasionnellement valables) coopératives. Mais le coût peu élevé de la terre ne dura pas. L’envol stratosphérique du Priorat de l’obscurité vers la célébrité était suivi dans le monde entier et à plus forte raison de l’autre coté de la frontière. Il ne s’agissait donc que d’une question de temps, pour que les vignerons du Roussillon et autres « outsiders » ayant des vues sur ces terroirs ne se posent la question : « nos vignes ne sont elles pas les mêmes vieilles vignes de Grenache et de Carignan qu’en Priorat (Ces raisins jadis bon pour le vrac et maintenant vendus 100$ la bouteille) ? Notre schiste n’est-il pas aussi bon ? »
Ainsi, -sur le même schéma que le Priorat- le Roussillon fut investi par de nouveaux arrivants. Certains poussés par du capital d’investissement à risque, d’autres, vignerons connus quelque part dans le monde, tous attirés par l’odeur de strates schistiques de l’or noir du vin. Jusqu’à aujourd’hui leur pari semble avoir été payant puisque les bonnes affaires sont légion, les vins du haut du tableau se vendant à des prix plus proches des crus classés ou des côtes rôties que ceux de Chateauneufs ou de crus bourgeois.
La particularité du Roussillon est évidente dans ses caractéristiques climatiques des millésimes récents. La pluie a été moins abondante et dommageable ici en 2002, qu’en Languedoc, et l’été 2003 moins traumatisant pour les vignes déjà accoutumées à une chaleur et une sécheresse fréquentes et souvent profondément enracinées dans le schiste. Les récentes plantations de Syrah et de Mourvèdre auront besoin de temps pour montrer leur potentiel, mais tout laisse penser que celles-ci sont appelées à jouer un rôle supplémentaire pour l’obtention de rouges de profondeur et de complexité croissantes.
Bien que dans le présent compte rendu je n’ai présenté que relativement peu de blancs qu’ils soient du Languedoc ou du Roussillon. Les vins incluant une spécialité du Roussillon, le Grenache Gris, ont déjà démontré qu’ils étaient parmi les plus distinctifs, fascinant et aptes au vieillissement des blancs du sud de la France.
Roussillon est aussi le siège d’une tradition de vins doux enrichis –incluant les Muscats parmi les plus représentatifs du sud, mais plus notablement les vins doux naturels à base de Grenache des zones côtière de Banyuls et montagneuses de Maury (excellentes alternatives aux vintages ou Porto boisés comme association avec le chocolat) –que j’ai aussi inclus dans le présent compte rendu.
Toutes choses bien considérées, cette région de l’extrême est aujourd’hui parmi les plus excitantes frontières du monde du vin.