The taste of wine to come
Par Eric Monné, à 22:14 :: L'art et/ou la science de faire du vin :: #28 :: rss
C’est presque devenu une tradition à la maison. Tout au long de l’année qui précède un nouveau millésime. Nous discutons sur le vin que nous avons envie de faire aux prochaines vendanges. Quel sera son style, son degré de maturité tannique, son acidité. Son corps, sa concentration. Cueillerons-nous tel cépage de telle parcelle aussi tôt que l’année dernière, ou aussi tard qu’il y a deux ans ? Rechercherons-nous un fruit plus présent ?
Cela se passe souvent dans notre cuisine. En préparant le repas ou en dégustant un verre de vin. Ce vin que nous avons dégusté chez des copains ou au club de dégustation. Trop mûr, manquant d’acidité, sans énergie ou bien, équilibre parfait, minéralité, acidité, fruit, tanins. Dynamique, énergie, présence. Cela dure un an d’une vendange à l’autre et surtout cela n’a pas de fin. Parce que notre goût, celui de la société, sont en évolution. Parce que chaque millésime est unique
Souvent on nous pose la question: mais enfin, c’est bien la nature qui décide de la qualité du millésime ? Oui et non. Oui, pour les caractéristiques générales du millésime que l’on peut souvent sentir dans le goût des fruits locaux de l’été précédent les vendanges, précocité, concentration, potentiel de maturité, complexité, aptitude à une maturation complète. Non, pour la date des vendanges (et c’est déjà essentiel), pour le choix d’une des maturités à l’intérieur du plateau de maturité phénolique. Juste mûr, juste bon, juste sur mûr. Non aussi pour le style de vin. Oui et non pour la qualité et le force de l’acidité. Un peu plus « non » peut être pour la qualité de l’acidité, parce qu’elle me semble plus déterminée par le type de travail en amont dans les vignes. Avec un avantage indéniable pour le travail naturel, bio, ou bio d. Un peu plus « oui » pour la force de l’acidité qui est inversement proportionnelle aux courbes de maturité.
Chez nous la discussion sur le goût du vin à venir est souvent sportive :

Elle : Et les fruits, tu les as goûté les fruits de l’été 2006 ?
Lui : Oui et alors ?
Elle : Et alors c’était une qualité d’acidité, un équilibre, une énergie inégalés. Cette année ne compte pas refaire la même chose.
Lui : Bon on ferra ce qu’on pourra. C’est pas la peine de stresser à 3 mois des vendanges. Au fait j’ai lu un truc super sur le blog du Champ des Treilles. Il parait qu’ils goûtent les fleurs de la vigne et même les feuilles pour faire la différence entre les cépages. C’est super non ?
Elle : Super, ouais, au moins ils font un truc ensemble, eux.
Lui : Bon tu vas pas recommencer, les vins, nos vins, jusqu’à aujourd’hui on les a pas fait ensemble peut être ?
Elle : Oui mais on aurait pu faire mieux. Et le Grenache alors ?
Lui : Quoi le Grenache.
Elle : Tu sais bien que c’est pas évident d’en déterminer la juste maturité phénolique.
Lui : Oui je sais, la sensation n’est pas linéaire comme dans la Syrah.
Elle : C’est pas ça que je veux dire. En 2005 on aurait pu attendre un peu plus.
Lui : Et en 2001 c’était un peu trop.
Elle : D’accord mais sur la parcelle de « Pelut » à 500 mètres d’altitude c’était parfait.
L’idéal ce serait de cueillir les Syrah un peu plus tard qu’en 2006. 2007, voilà le point. Les grenaches un peu plus tôt qu’en 2006 et un peu moins tard qu’en 2007. Et les Carignans…
Lui : Quoi les Carignans ?
Elle: Les Carignans, ils sont exceptionnels une fois tous les 5 ans. Le reste du temps c’est moyen plus.
Lui : 2007 c’était gégène. L’année du Carignan.
Elle : Tu vas pas écrire ça sur le blog non ?
Lui : Je vais me gêner.
Elle : Chaque fois qu’on discute d’un truc il faut que tu le cries sur les toits.
Lui : Mais enfin, tu sais très bien qu’il n’y a pas de secret.
Elle : M’en fout. Prends exemple sur un tel, vigneron à Sainte feuille les vignes. Pas un mot. Rien, niks, nada. Une tombe.
Lui : Tu parles d’une ambiance d’enterrement.
Elle : Tiens, goûtes moi ça. Maintenant bois une gorgée de Saint Bart.
Lui : Je préfère le UNO.
Elle : C’est pas la question. Tu sens l’harmonie. L’accord parfait.
Lui : …
Elle : Alors ?
Lui : C’est beau. Y a pas de la coriandre dans la sauce ?
Elle : Y en a.
Ainsi va la vie. Je ne sais pas si nous arriverons à faire exactement ce vin qui est déjà dans nos
tête mais dont le fruit n’est pas encore cueilli. Si les énergies des dolmens de Belesta nous
pousserons un petit peu ou si le vent nous engloutira. Si après une longue journée de
vendanges, de travail à la cave, nous aurons encore la force de nous asseoir un moment sur le
bord de la plateforme devant la cave à contempler le ciel si pur du Roussillon. L’éclat familier
du phare du cap Béar, l’ombre imposante du Canigou, l’encre grise du bois de chênes verts et
celle plus noire du bois de pins qui mène au col de pierres blanches. Je ne sais pas.
Mais j’aimerais bien.
Elle : Tu sombres dans le gagatisme nostalgique ou quoi ?
Lui : …
Elle : Et mon accord parfait ?
Lui : Il est parfait. Et si on continuait ?
Elle : …Continuons.
Et toujours valable, notre offre Primeurs 2007 : IcI
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