Millésime Bio 2009.

1er jour : Un camion de carburant c’est couché sur l’autoroute qui traverse Montpellier. Lost in translation dans le chaos du trafic matinal nous errons de rotondes en rotondes dans les méandres de la banlieue de Montpellier. Avec deux heures de retard nous atteignons le palais des expositions. La salle est lumineuse, spacieuse, efficace. Les Norvégiens sont sur les dents. Le Monopole d’état a lancé des appels d’offres concernant les vins du sud dont un concernant Belesta notre village. C’est donc un défilé de très bons professionnels qui se bousculent pour importer nos vins. Ronds de jambes ou volonté sincères de travailler avec nos vins ? Ou les deux peut être, à ce stade on n’en sait encore rien. Nos 2007, bruts de cuve, se goûtent plutôt bien.

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2e jour : Les Papis du Buena Vista Social Club me semblent avoir fait l’impasse sur le Millésime bio de cette année. De même que je n’ai pas encore vu l’homme au chapeau à la Ry Cooder qui nous avait été de si bon augure l’année dernière. Je commence à m’inquiéter quand apparaît au détour d’une allée un homme habillé d’une veste à franges du type Davy Crocket. Suivi de prés par une autre personne portant un Borsalino. Mes compteurs sont au rouge quand je regarde dans la direction de Lèia qui m’envoie un clin d’œil. Rassuré je traverse l’espace œnothèque qui mène au restaurant. Et quel restaurant, cette année les organisateurs ont vraiment frappé très fort avec une qualité que je n’avais jamais rencontré dans un salon professionnel.

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3e jour : D’ailleurs le qualitatif est cette année partout, en face de nous, Alain Chabanon, plus loin, Montirius, Tribouley, Laguerre, Python, Bedel, Canet Valette, etc.

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5e jour : A peine remis de millésime bio, Didier débarque dans notre cave avec sa famille d’insectes mécaniques pour la mise en bouteille des 2007. Bouchons trop gros, les Magnum de Papillons 2007 nous donnent des sueurs froides. Il faut raboter, limer, poncer. Tout finit par rentrer dans l’ordre mais nous avons pris du retard. Il est presque 23 :00 quand nous quittons la cave. Les machines sont retournées dans leur ruche. Le cliquetis démentiel de leurs mandibules mécaniques me poursuit encore dans mon sommeil. Avant de plonger, je remercie mentalement tous ceux qui ont accepté de nous accompagner jusqu’au bout.

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6e jour : Départ en train pour le salon de la Renaissance des Appellations d’Angers. Sur ma gauche un couple avec un chien dans un panier s’installe tranquillement. Confiant ou inconscient, je m’endors. Dans mon rêve, une raboteuse géante vient d’attaquer les machines de Didier et entreprend de les rectifier dans un boucan d’enfer. A mon réveil le Monsieur à ma gauche, voulant fabriquer une écuelle pour le petit chien dans le panier, vient d’attaquer un gobelet de PVC avec la scie de son couteau Suisse. Ce bruit diabolique m’oblige à me retourner vers la fenêtre. Nous traversons les étangs entre Narbonne et Perpignan. Cette image me replonge loin, très loin dans la nostalgie de mon passé. Où étudiant, je retrouvais ces belles racines de mon Pays qui devaient, plusieurs années plus tard nous emmener à faire du vin en Roussillon.

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7e jours : C’est ma première visite dans cette belle ville. Vers 7 :00 en ce dimanche je traverse la Maine pour me rendre aux Greniers Saint Jean. La brume est glaciale, la ville blanche et majestueuse s’éveille à peine. Dans les Greniers, c’est déjà le coup de feu. Stephane Tissot cherche désespérément un café et me signale qu’il est déjà en rupture de Clot de l’Oum. Ça tombe bien nous sommes aussi en rupture de ses formidables vins. Un nouvel échange est à prévoir. Marc Angéli, casquette vissée sur le front est au four et au moulin. Il rappelle gentiment aux vignerons du sud que les refroidisseurs ne sont pas destinés à être emporté. Je le remercie pour cette remarque affectueusement injuste. Il me répond qu’il est lui-même d’origine Corse.

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8e jour : Dans le métro entre la gare Montparnasse et la gare du Nord. Un vieux Monsieur sur le strapontin en face du mien. Parle un peu tout seul. A voix haute. Entre une mendiante. Elle présente sa situation familiale. Sans ressources, sans domicile, sans travail. Traverse le wagon dans la longueur pour récupérer quelques cents. Quand elle passe au niveau du Monsieur, dans un silence, il s’adresse à ce que je crois être moi. « Et si c’était elle qui avait tué son mari? » me demande t-il. Mais peut être que je me trompe. Peut être ne s’adresse t-il à personne qu’à lui-même. Après quelques considérations géopolitiques. Il s’éclipse dans un éclat de rire. Rythmé, dense et communicatif.

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Cette semaine un peu folle est maintenant terminée. Les 2007 sont en bouteilles et ne risquent plus grand-chose. Nous pouvons respirer quelques jours avant d’attaquer le suivi commercial des contacts que nous avons lié pendant ces salons professionnels. Même si le vin est un produit festif, il faut aussi le vendre et ces salons sont d’abord faits pour cela. Ce qui constitue un vrai travail et une casquette supplémentaire pour le vigneron qui en possèdent déjà une sacrée panoplie. Béret Basque, Barretina Catalane, casque à pointe, lequel choisir ? Mes compteurs sont repartis dans le rouge. Mais ça ne dure pas. Le vin est maintenant protégé. Nous pouvons continuer. Continuons.

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