Juin 2009

texte alternatifEn cette fin de printemps 2009 me reviennent à la mémoire les sensations, la lumière, le goût, la volupté, le rythme, la poésie, le son, l’énergie des belles vendanges de 2008.

Des premières baies dégustées à la fin du mois d’août aux derniers entonnages d’octobre. Des senteurs de garrigues et de feuillages frais. Matinées presque froides. Lumières nettes, définition, contraste des formes. L’équilibre des vignes, un feuillage inégalé. Le craquant des fruits, leur poids. La pierre sèche de gneiss, pesante et abrasive. Cristal aride et anguleux. Terre craquelée si riche pour la vigne bien que si maigre et acide.

Une équipe formidable, jeune, active et cool. Riche de vie et d’humour. Nous déjeunons sous le grand auvent de la cave. Tout ce qui se goûte dans la cave est sur la table. D’autres temps, d’autres vendanges. D’autres mains qui ont cueilli ces raisins. Où sont-ils, qui sont-ils ? Les vendanges sont maintenant terminées. Le vent soulève quelques mèches. Promesse du repos à venir. Une route encore vierge à tracer. Sourires épanouis et francs.

Amapola, cette musique résonne dans ma tête comme une rengaine lancinante. Musique qui a marqué ces jours de septembre et d’octobre. Musique du film de Sergio Leone que j’adore, « Il était une fois l’Amérique ».

texte alternatifBrumes cristallines du matin. Les raisins de la parcelle de la Bades luisent de ce brillant unique que l’on ne retrouve qu’aux vendanges. Noirs d’un graphite brillant, ponctuant le feuillage d’un vert presque insolent dans cette garrigue Catalane aride et Granitique. L’équipe avance en silence. Les bruissements de la nature nous signalent qu’autour de nous un monde parallèle actif et mystérieux ne connaît pas de répit. Les sangliers repus malgré nos doubles barrières électriques ont dû s’endormir à l’ombre d’un figuier dodu. Je les envie presque malgré les dégâts qu’ils nous causent. Imaginez un peu, des raisins bios, murs à point, sans piquants ni résine, un nectar délicieux et gratuit à portée de groin. Le jeu vaut bien une petite décharge de 2000 volts.

Le couple de perdrix conduisant comme des dératés, se débrouille toujours pour me filer une peur bleue au détour d’un fourré. Coccinelles et perces oreilles qui s’ils ne s’avisent pas déguerpir avant que les grappes ne les entrainent dans un autre univers risquent bien de se retrouver à des années lumières de leur lieu de naissance. Comme une prière au cœur du feuillage d’une syrah en forme de cathédrale, une mante religieuse finit de dévorer son infortuné mari. Vrombissant de colère pour avoir soulevé par erreur sa pierre plate de maison, un scorpion blanc me menace de son dard arcbouté.

texte alternatifQuelques semaines plus tard, plus haut, plus loin, c’est aussi de la brume que je vois émerger les ruines de la chapelle de Saint Barthélémy. C’est ici que le village originel de Belesta a parait-il débuté il y a 8 ou 900 ans. Y avait-il déjà une vigne en ce lieu ? Pas sur. Des céréales, des animaux domestiques, d’autres moins. Les vendangeurs s’affairent en bas de la parcelle. Nous finissons de monter une palette de cagettes. L’édifice terminé je m’assoie sur une pierre plate. Les ancêtres sont ils aussi assis là bas au pied de la chapelle à commenter nos méthodes ? Quelle langue parlent-ils ? Ces générations de travailleurs, agriculteurs, viticulteurs qui se sont succédé sur ces lieux. Ces histoires stratifiées. Qu’en reste t-il ? Comment voient-ils notre passage notre temps ?

texte alternatifCette période où jamais n’ont été réunis autant de facteurs concordants pour que naissent enfin les grands vins secs du Roussillon. Car n’en déplaise à certain, à la lumière des progrès fait depuis 10ans dans ces collines du Fenouillèdes, ces vins sont déjà là. Parce que la progression est fulgurante. En devenir dans les têtes et dans les cœurs des vignerons de la nouvelle vague. Pourtant cette révolution n’est pas très glamour. Peut être parce qu’elle est plus le fruit de la passion et de l’intelligence qu’un bac à sable pour célébrités fortunées. Définitivement, être vigneron en Roussillon est une affaire de passion.

Je me souviens de ces journées de septembre 2008. La lente fermentation des vins. Les interrogations sur le millésime. L’évolution lente de la maturité phénolique. Des acidités à scotcher un mammouth. La couleur, noir rubis des Syrahs, rubis noir des Carignans et rubis tout court des Grenaches. Tanné par le soleil. Heureux de cette énergie terrestre transmise par le raisin. Lumières de la côte. Ondulantes, fragiles et riches des promesses d’une nuit d’été, d’un vin en devenir, d’une histoire moderne et ancienne à la fois. Puisant sa force dans les racines profondes de vignes centenaires. Racines enfin libérées d’une chimie asphyxiante, aliénante, mercantile et surtout inutile dans la plupart des cas.

texte alternatifLa mélodie d’Amapola résonne encore dans mes souvenirs. Dans la nuit qui commence à tomber le peuple de la forêt m’observe sans doute de ses yeux de grains de muscats pailletés d’or. Les sangliers et leurs rêves de ripailles perpétuelles que vient troubler de temps en temps le cuisant souvenir d’une décharge électrique. La Mante qui se demande bien qui sera son prochain mari à la carte du menu de la fête qui s’annonce. Le couple de Perdrix flashé à chaque sortie de bosquet et parti dans un délire de dérapages incontrôlés, de plats de muesli doré, inconscient, libre et infiniment fou.

NB: Et toujours, valable jusqu'au 15/08/09, notre offre Primeurs du Millésime 2008