texte alternatif Depuis longtemps je retrouve des analogies, la fermentation en moins, entre l’infusion du thé et la macération du raisin. Plus la matière est belle plus la macération/infusion peut être prolongée. Sans risque d’extraction végétales pour le vin ou d’amertume pour le thé. Les différents modes de préparations, bouilli, fouetté ou infusé ont une grande influence sur le résultat final. Sur la mise en évidence du terroir. Parfois je m’amuse à expérimenter sur le thé des modes de préparation différents. De la glace après une infusion courte révèle le fruit et la fraîcheur. De même qu’une température basse. Une infusion prolongée à température modérée complexifie le goût du thé.

Il y a peu j’ai lu « le livre du thé » de Okakura Kakuzô écrit en 1906. J’y ai retrouvé d’autres parentés avec l’univers du vin.

Loin d’être une simple esthétique dans le sens ordinaire du terme, la philosophie du thé exprime en même temps qu’une éthique et une religion notre conception globale de l’homme et de la nature. C’est une hygiène puisqu’elle contraint à la propreté, une ascèse, puisqu’elle démontre que le bien être loge dans la simplicité et non dans quelques coûteuse complexité ; une géométrie éthique, enfin, dans la mesure où elle définit notre sens des proportions au regard de l’univers.

Cette définition me parle dans la recherche de plus de naturel dans les vins. La simplicité pour retrouver le goût originel du raisin. Une conception globale de l’homme avec la nature que je retrouve dans une viticulture biologique. L’abandon d’artifices superflus comme le boisé, l’acidification généralisée ou les produits non essentiels et polluants.

Il y dans le goût du thé comme un charme subtil qui le rend irrésistible et propre à être sublimé… Le thé n’a ni l’arrogance du vin, ni l’affectation du café – et encore moins l’innocence minaudière du cacao.

Même si c’est un peu caricatural pour le vin, c’est vrai que le minimalisme du thé peu nous inciter à plus de simplicité, de subtilité. Tant dans la vinification que dans le style de vin que l’on désire faire.

Œuvre d’art, le thé exige la main d’un maître pour révéler ses plus nobles qualités…on ne saurait produire un thé parfait à partir d’une seule et unique recette…Mais la vraie beauté doit toujours rester présente… de l’excellent thé que gâche une préparation imparfaite…

L’art et la matière. Essentiels.

De même que les différentes façons de faire le vin marquent la spécificité de telle période ou de telle nation en Europe. Les idéaux de la voie du thé caractérisent les différentes modalités de la culture orientale…

texte alternatifLou Yu, définit trois stades d’ébullition : le premier lorsque les petites bulles pareilles à des yeux de poisson surnagent à la surface de l’eau ; le deuxième lorsque les bulles rappellent les perles de cristal roulant dans une fontaine ; le troisième lorsque les vagues moutonnent furieusement dans le chaudron…

De l’observation des bulles et du big bang d’une cuve en fermentation.

La chambre de thé fut une oasis dans le désert morne de l’existence…

De même le vin nous apporte parfois cette sérénité, ce calme qui favorise l’écoute et le partage. Une goutte de pluie dans un désert de routine.