clot de l'oum


UN SOIR PETIT GRAIN D'OR, UN SOIR DE PLEINE LUNE ET DE GRAND VENT...

Carignan, le retour...

La revue Belge In Vino Veritas vient de publier un article de Michel Smith sur le Carignan IcI

texte alternatifLongtemps dénigré comme étant la cause des problèmes qualitatifs des vins du sud. Le Carignan reprend petit à petit la place qu’il n’aurait jamais dû quitter. Celle d’un cépage ultra adapté au climat méditerranéen, complexe à vinifier dans le cadre d’un objectif de production de vins de qualité et surtout incomparable lorsqu’il est issu de vignes de plus de cinquante ans cultivées en bio et en coteaux.

Il y a quelques temps au cours d’un repas entre vignerons, une bouteille d’un Carignan 1999 de Silvain Fada du domaine d’Aupilhac (un pionnier en matière de Carignan bio), à envoyé valdinguer, en terme d’émotion (et du reste aussi), une brochette de 100 points chez Parker pourtant dix fois plus chers et renommés.

Pendant longtemps au Clot de l’Oum, le Carignan a apporté à nos vins la minéralité qui manquait dans nos vignes pas encore complètement désintoxiquées des pesticides du siècle dernier. Dix ans de culture bio nous ont permis de mieux révéler la minéralité dans tous nos cépages. C’est aujourd’hui la marque de fabrique de nos vins.

Logiquement cette évolution nous a emmené à produire notre premier vin majoritairement de Carignan en 2007 avec la cuvée Granito Vivo. Ce vin est aujourd’hui une immense source d’émotion et j’en conseille vivement la dégustation d’une bouteille sachant qu’il présente tous les symptômes d’un vin pouvant se bonifier considérablement en vieillissant.

Notre deuxième essai remonte à l’été dernier avec la cuvée Carignan Novo, une variation moins exclusive du Carignan avec une volonté de plaisir plus immédiat (voir l'article de Michel Smith sur son blog IcI.

Pour le reste la végétation a pris cette année une avance d’au moins une semaine avec des précipitations importantes qui devraient nous permettre (si l'herbe ne nous bouffe pas) d’atteindre les vendanges sans encombre.

En attendant notre offre primeurs du millésime 2010 est toujours disponible IcI.

La Mer

texte alternatifCe texte a été publié dans le rubrique "carte blanche à"... de LPV le: 24.04.2008

Quand j’étais gamin à Perpignan, tous ceux qui n’étaient pas Catalans étaient appelés « Gavatch » (prononcer Gabatch ). En gros, tous ceux qui avaient eu le « malheur » de ne pas naître dans l’ancienne Catalogne des Rois de Majorque. Un jour j’ai lu dans « le vin bourru » de Jean Claude Carrière que du fin fond de son village des Cévennes, étaient appelés « Gavatch », ceux qui venaient d’au-delà des montagnes, du Massif Central. Des genres de sauvages, semi nomades, vivant à demi nu, bourrus et peut être bourrés, ne se déplaçant que pour venir s’empiffrer des richesses des « non Gavatch ». Depuis ce jour, je me suis dit que nous étions toujours le « Gavatch » de quelqu’un d’autre qui lui-même devait bien être le « Gavatch » de quelqu’un. Et qu’il n’y avait vraiment aucune raison de se sentir supérieur ou meilleur pour être né quelque part. Toujours est-il que c’est à Belesta de la Frontière (L’ancienne frontière du Royaume de Majorque avec le reste) que nous avons décidé de faire notre vin. Non pas pour une quelconque raison identitaire ou géologique (du moins ne le savions nous pas à l’époque) mais pour des raisons d’émotion esthétique. Nous nous disions que faire du vin étant une affaire d’inspiration, les paysages de cette partie des Pyrénées seraient à même de nous fournir la petite étincelle, le petit grain de folie, la volupté qu’il faut pour entreprendre un tel projet.

texte alternatifQuelques années ont passé et je me demande aujourd’hui quel est le rapport entre les paysages exceptionnels du Roussillon, notre goût pour la nourriture issue de produits naturels, la Méditerranée et les terroirs du Fenouillèdes (zone correspondant à l’AOC Côtes du Roussillon Villages). Ça paraît tangentiel mais bon, puisque Jérôme m’a demandé d’écrire un truc dans « carte blanche de LPV », accrochez vous aux sarments, on est parti.

Un plat de betteraves crues, râpées, des carottes, du fenouil, du sel, de l’huile d’olive, des olives noires, de la Feta. Des produits bio. Du poisson cuit au four sous un filet d’huile d’olive, du riz blanc cuit à la Japonaise. Ce repas, ultrasimple, résume à lui seul une bonne partie de notre envie de faire un vin qui lui ressemble. Un vin sans artifice. Issu d’un terroir naturel. Travaillé naturellement et pourquoi pas, dans un site exceptionnellement beau.

Simple et sincère parce que dépouillé du superflu. Cela va du produit final, en passant par l’élevage, absence de bois neuf, d’acidification, de filtration plus que nécessaire, d’ajouts en tout genres, invasifs, n’apportant rien à la lecture d’un terroir grand déjà par lui-même.

Un pot de thym acheté dans une jardinerie aux Pays Bas. Je repense au thym qui borde nos parcelles sur les granits de Belesta. Subtil, fin, minéral. Et l’image du terroir rejaillit. Cette pureté ne peut exister qu’en se concentrant sur l’essentiel, l’indispensable. Dans ce cas, un sol, pauvre, acide, mince, ascétique. Un peu d’eau et de soleil. Ne peut-on pas voir dans la recherche de cette épure qui nous ramène au plus complexe et qualitatif des parfums, la même quête dans le vin ?

texte alternatifEn bordure de ce petit morceau de garrigue ou de maquis il y a le paysage. Quoi de plus inutile et en même temps indispensable au terroir que ces paysages rudes et rugueux du Roussillon. Dans le train qui me ramène de Toulouse où étudiant, je terminais mon stage de fin d’études, nous traversons les étangs au sud de Narbonne. Comme dans un film de Miyazaki, le train court sur une mince bande de sable rectiligne, entourée d’eau salée. C’est à c’est endroit que Trenet à parait-il imaginé sa chanson « la mer ». La nuit va bientôt tomber et l’on aperçoit dans l’étang le reflet du Canigou enneigé. Le ciel, tailladé de traînées rouges et de minces filets de nuages zigzagant, me rappelle que la Tramontane a soufflé fort ces derniers jours. Sous mes pas je ressens le craquement familier des débris de coquillages que nous ramassions, enfants, sur les rivages de l’île de la tortue.

texte alternatifA condition de se tenir aussi éloigné que possible des chauvinismes les plus abrutis, ces paysages sont aussi source d’inspirations. En tous cas pour ceux qui le désirent. Car ils n’appartiennent à personne. Un vent chaud, sec comme la pierre, au détour d’un chemin. Un branche de thym ancienne. Une feuille de figuier naissante et craquante. Un piquet d’acacias. Un bosquet de ronces. De roseaux ou de joncs signalant la présence d’eau. Une mure, une arbouse, une figue fleur, un cerisier, le reflet argenté d’un olivier. Un paysage minéral et parfumé. Où la vue porte loin. Un sentiment de commencement du monde, d’univers en mouvement, ralenti par l’immensité. Peut être ce que l’on ressent dans le désert. Comment ne pas avoir envie d’y faire du vin. De le choyer sans l’abuser. Puisque l’énergie est là. Cette énergie que l’on retrouve aussi dans le vin de ces terroirs de granit, de Gneiss, de Schistes, de ces Grenaches, ces Carignans centenaires.

texte alternatifBien sur, il n’y a pas encore (ou presque) de tradition de grands vins et l’ambition d’en faire est récente. Le travail en bio y est peut être un peu plus « facile » qu’ailleurs _encore le sec_ mais les rendements sont alors si faibles _toujours le sec_ qu’il est difficile d’y produire à bon marché. L’absence de notoriété est un handicap sérieux pour la commercialisation et j’envie parfois les collègues vignerons d’appellation plus connues qui semblent moins courir après la reconnaissance.

Pourtant ce terroir est exceptionnel. Complexe, fin, puissant, frais, minéral, subtil et varié. Est-ce réellement une surprise ? La Méditerranée est l’un des biotopes les plus riches en biodiversité. Biodiversité complexité, complexité biodiversité. Cette mer est le médiane, la mer du milieu des terres. Du milieu et peut être de l’équilibre. Equilibre de tensions, de goûts, de saveurs parfois antagonistes, qui unissent le vin et que le vigneron doit rendre visible. C’est pour cela qu’un terroir libéré du superflu est important pour remettre en perspective les tensions et seulement elles. Ensuite l’équilibre est une question de doigté, de concentration, de rigueur et parfois de chance aussi.

texte alternatifAlors, qui sommes nous ? Des « Gavatch » ? Sans doute le sommes nous devenus ou bien l’étions nous déjà avant. Des mélanges, des passionnés, des garagistes sensibles et beaucoup des vignerons, vigneronnes, de la nouvelle vague du Roussillon le sont aussi. Aiguillonnés par l’ambition de faire bien, de faire beau, de sortir de la médiocrité. De s’approprier pour un instant ces paysages sans les trahir, sans les ternir. De retrouver le goût du bon, du simple, du vrai.

Pour se procurer nos vins à la propriété ICI

Minéralité, énergie, fraîcheur… Fruit, si affinités

Ceci est la réponse à une question de David Schildknecht sur l'existence d'une spécificité aromatique, gustative ou structurelle des cépages grenache et carignan sur sols granitiques, de gneiss et schisteux. Si cette spécificité existe pourrait-on mettre en lumière la manière dont chacun de ces trois sols influencent le fruit, la structure ou le parfum de vins issus de ces terroirs.

Um pouco complicado, nicht wahr?

texte alternatifNous sommes dans un cercle de 3 km autour de Belesta. L’altitude varie de 300 à 600m. Les sol varient d’est en ouest, de la fin du schiste de la zone de Montner/Força Real/Caladroy qui marque le début de l’appellation Caramany à l’intérieur des Côtes du Roussillon Villages. Aux granits descendant vers Ille sur Tet et Montalba. En passant par une zone intermédiaire de Gneiss d’altitude. Les vignes sont travaillées depuis 10 ans en mode organique. Le granit se présente sous une forme caillouteuse très blanche en altitude et se transforme en sables granitiques pour les parcelles les plus basses. Le Gneiss est généralement granuleux parsemé de cailloux en décomposition. Le schiste est presque toujours un micaschiste du genre concassé. Pour les argiles, je n’ai pas de données disponibles. Il nous faudrait creuser des fosses sur la trentaines de parcelles (0,5 ha en moyenne) qui constitue la propriété. La végétation semble présenter une plus grande biodiversité sur les sols granitiques, surtout les arènes. Chênes pour les schistes et gneiss. Végétation plus basse et plus typiquement méditerranéenne, pins, lavande, thym, etc… pour les granits.

Parcelle de Maury (la seule n’appartenant pas à la zone Belesta), Grenaches d’environ 60 ans d’age, exposition Nord, labour à la mule, schiste sur socle de calcaire. On observe des vins possédant moins de minéralité, plus puissants, aromatiques, fluides, complexes, chauds, veloutés et possédant moins de finesse que les vins de nos parcelles plus hautes de Belesta surtout les gneiss et granits.

texte alternatifParcelle de « Julia », Belesta, 300m, schistes, grenaches et carignans 40 ans. Exposition sud. De la puissance, un peu de lourdeur, matière très dense, moins de minéralité, moins de finesse. C’est la dernière parcelle de carignans et de grenaches noirs sur schistes que nous gardons sur Belesta. Sur les autres, seuls les cépages gris (grenaches et carignans) ou blancs (grenaches, macabeu, muscat) ont été conservé. En blanc, paradoxalement nous recueillons une grande minéralité, fraîcheur et salinité. Notamment sur la combe schisteuse du Berteil. Cirque oblong, planté de grenaches gris et blancs de 60 ans. Paysage très côte Vermeille (Banyuls), exposé ouest, altitude 350m.

En remontant vers le nord en direction des « Planals » à 500m d’altitude. Gneiss, exposition sud et pentes assez inclinées. Syrah de 30 ans et 10 ans. « Planals de Nagello », la parcelle la plus vieille (au dessus) donne des vins plus tanniques, élégants, structure granuleuse accentuée, complexité. La parcelle la plus jeune (du dessous), structure granuleuse fine, moins tannique, fraîcheur et énergie.

texte alternatifUn peu plus haut (550m) toujours sur des gneiss, nous arrivons aux « Planals », plein nord, qui surplombent le barrage de Caramany. Les carignans de 60 ans, donnent des vins d’une extrême finesse, plus minéraux, équilibrés, à faible teneur d’alcool, complexes, au corps léger mais ferme et fluide.

Toujours plus haut à 600m, la vigne de « Saint Barthélémy » au pied de la chapelle du XIII siècle du même nom. Abrite nos plus vieux carignans (100 ans). Les vins sont fluides, plus tanniques, rectilignes, un peu moins minéraux, ouverts, persistants. La structure est aussi granuleuse mais plus fine qu’à « Nagello ».

Nous redescendons vers l’ouest, dans le cirque de granit de la zone du Mas. Altitude 500m. Carignans de 50 ans. Exposition sud ouest. Blancs cailloux de granit très pur. Vins minéraux, sans aspérités, froids à l’acidité qualitative. Sur la parcelle adjacente, plus pentue, plus blanche, plus froide, syrah de 30 ans. Les vins ont une structure fine, longiligne, sont très minéraux et complexes.

A l’opposé, plus haut sur les pentes du cirque. 550m, nord-est. Grenache pelut, 40 ans. Finesse, minéralité (moins que la syrah et le carignan), plus de fruit, plus d’acidité, matière fluide.

Toujours plus bas, en suivant la grande veine de granit qui descend sur Ille sur Tet. 400m, les grenaches de la Soubaille. 35 ans, arènes de granit. Sur la rive droite de la rivière, à sec, presque toujours. Droit, minéral (moins que sur la zone du Mas), fin et souvent chaud.

texte alternatifSur la rive gauche de la rivière sèche, zone des Bades. Syrah de 30 ans. Structure très fine, fluide (très Côtes du Rhône septentrionales), minéralité, fruit subtil, grande persistance et énergie extrême.

Après plus de 10 ans d’expérience sur les gneiss, schistes et granits de Belesta. Sur une grande amplitude d’altitudes différentes, des orientations très multiples, trois cépages, trois types de sols principaux et des sous groupes dus à la granulométrie variable. Il est encore très difficile d’établir des caractéristiques d’interactions moyennes et communes entre les sols, l’orientation, l’altitude et les cépages. Tant les situations de chaque parcelle sont uniques dans cette zone de « convulsion » pré pyrénéenne. texte alternatif Si nous devions quand même essayer de donner notre sentiment sur la question, nous dirions : que l’altitude est semble t-il un facteur prépondérant, que syrah et carignan donne des vins que nous préférons sur gneiss et granit par rapport au schiste. Plus d’énergie, de rectitude, de minéralité. Ces facteurs étant encore amplifiés par l’augmentation de l’altitude. Les grenaches restent, à un niveau moindre (peut être du au sucre plus abondant) dans la même lignée mais n’atteignent pas la puissance aromatique des grenaches du terroir de Maury. Peut être sont ils handicapés par leur finesse qui leur confère une apparence plus discrète et subtile.