Saudades de 2008
Juin 2009
En cette fin de printemps 2009 me reviennent à la mémoire les sensations, la lumière, le goût, la volupté, le rythme, la poésie, le son, l’énergie des belles vendanges de 2008.
Des premières baies dégustées à la fin du mois d’août aux derniers entonnages d’octobre. Des senteurs de garrigues et de feuillages frais. Matinées presque froides. Lumières nettes, définition, contraste des formes. L’équilibre des vignes, un feuillage inégalé. Le craquant des fruits, leur poids. La pierre sèche de gneiss, pesante et abrasive. Cristal aride et anguleux. Terre craquelée si riche pour la vigne bien que si maigre et acide.
Une équipe formidable, jeune, active et cool. Riche de vie et d’humour. Nous déjeunons sous le grand auvent de la cave. Tout ce qui se goûte dans la cave est sur la table. D’autres temps, d’autres vendanges. D’autres mains qui ont cueilli ces raisins. Où sont-ils, qui sont-ils ? Les vendanges sont maintenant terminées. Le vent soulève quelques mèches. Promesse du repos à venir. Une route encore vierge à tracer. Sourires épanouis et francs.
Amapola, cette musique résonne dans ma tête comme une rengaine lancinante. Musique qui a marqué ces jours de septembre et d’octobre. Musique du film de Sergio Leone que j’adore, « Il était une fois l’Amérique ».
Brumes cristallines du matin. Les raisins de la parcelle de la Bades luisent de ce brillant unique que l’on ne retrouve qu’aux vendanges. Noirs d’un graphite brillant, ponctuant le feuillage d’un vert presque insolent dans cette garrigue Catalane aride et Granitique. L’équipe avance en silence. Les bruissements de la nature nous signalent qu’autour de nous un monde parallèle actif et mystérieux ne connaît pas de répit. Les sangliers repus malgré nos doubles barrières électriques ont dû s’endormir à l’ombre d’un figuier dodu. Je les envie presque malgré les dégâts qu’ils nous causent. Imaginez un peu, des raisins bios, murs à point, sans piquants ni résine, un nectar délicieux et gratuit à portée de groin. Le jeu vaut bien une petite décharge de 2000 volts.
Le couple de perdrix conduisant comme des dératés, se débrouille toujours pour me filer une peur bleue au détour d’un fourré. Coccinelles et perces oreilles qui s’ils ne s’avisent pas déguerpir avant que les grappes ne les entrainent dans un autre univers risquent bien de se retrouver à des années lumières de leur lieu de naissance. Comme une prière au cœur du feuillage d’une syrah en forme de cathédrale, une mante religieuse finit de dévorer son infortuné mari. Vrombissant de colère pour avoir soulevé par erreur sa pierre plate de maison, un scorpion blanc me menace de son dard arcbouté.
Quelques semaines plus tard, plus haut, plus loin, c’est aussi de la brume que je vois émerger les ruines de la chapelle de Saint Barthélémy. C’est ici que le village originel de Belesta a parait-il débuté il y a 8 ou 900 ans. Y avait-il déjà une vigne en ce lieu ? Pas sur. Des céréales, des animaux domestiques, d’autres moins.
Les vendangeurs s’affairent en bas de la parcelle. Nous finissons de monter une palette de cagettes. L’édifice terminé je m’assoie sur une pierre plate. Les ancêtres sont ils aussi assis là bas au pied de la chapelle à commenter nos méthodes ? Quelle langue parlent-ils ? Ces générations de travailleurs, agriculteurs, viticulteurs qui se sont succédé sur ces lieux. Ces histoires stratifiées. Qu’en reste t-il ? Comment voient-ils notre passage notre temps ?
Cette période où jamais n’ont été réunis autant de facteurs concordants pour que naissent enfin les grands vins secs du Roussillon. Car n’en déplaise à certain, à la lumière des progrès fait depuis 10ans dans ces collines du Fenouillèdes, ces vins sont déjà là. Parce que la progression est fulgurante. En devenir dans les têtes et dans les cœurs des vignerons de la nouvelle vague. Pourtant cette révolution n’est pas très glamour. Peut être parce qu’elle est plus le fruit de la passion et de l’intelligence qu’un bac à sable pour célébrités fortunées. Définitivement, être vigneron en Roussillon est une affaire de passion.
Je me souviens de ces journées de septembre 2008. La lente fermentation des vins. Les interrogations sur le millésime. L’évolution lente de la maturité phénolique. Des acidités à scotcher un mammouth. La couleur, noir rubis des Syrahs, rubis noir des Carignans et rubis tout court des Grenaches. Tanné par le soleil. Heureux de cette énergie terrestre transmise par le raisin. Lumières de la côte. Ondulantes, fragiles et riches des promesses d’une nuit d’été, d’un vin en devenir, d’une histoire moderne et ancienne à la fois. Puisant sa force dans les racines profondes de vignes centenaires. Racines enfin libérées d’une chimie asphyxiante, aliénante, mercantile et surtout inutile dans la plupart des cas.
La mélodie d’Amapola résonne encore dans mes souvenirs. Dans la nuit qui commence à tomber le peuple de la forêt m’observe sans doute de ses yeux de grains de muscats pailletés d’or. Les sangliers et leurs rêves de ripailles perpétuelles que vient troubler de temps en temps le cuisant souvenir d’une décharge électrique. La Mante qui se demande bien qui sera son prochain mari à la carte du menu de la fête qui s’annonce. Le couple de Perdrix flashé à chaque sortie de bosquet et parti dans un délire de dérapages incontrôlés, de plats de muesli doré, inconscient, libre et infiniment fou.
NB: Et toujours, valable jusqu'au 15/08/09, notre offre Primeurs du Millésime 2008
Faisant suite à l’opulence du millésime 2007 qui avait pourtant démarré par une pression de maladies de la vigne relativement forte (pour le sud). Le millésime 2008 nous est apparu comme une douce promenade de santé avec un retour aux fraicheurs de 2005 et 2006 et ceci malgré une sécheresse relativement persistante.
Une cartouche d’encre d’imprimante HP à jet d’encre, noire, coûte 26.30 les 19ml soit 1038 € les 750 ml. La cartouche HP couleur, 35 € les 17 ml, soit 1544 € les 750ml.
Evidemment, rien ne remplacera l’encre des cartouches pour imprimer un courrier et rien ne remplacera le vin pour partager un bon moment (ou écrire un article). Parfois certain prix de bouteilles paraissent peu compréhensibles. Peut être le prix hallucinant de l’or des cartouches est il une chance pour les forêts. Et le prix élevé de certaines bouteilles une chance pour ceux qui pourraient en abuser.








Un ami vient de me demander d’où me venait l’inspiration pour trouver des noms aussi horribles. En vérité je n’ai pas vraiment de mérites, le mauvais goût étant chez moi une seconde nature. Il y a quand même un goût qui m’importe plus que le nom, c’est le goût du vin qui est dans le verre et aussi la manière dont ce vin a été produit.
Tous ces noms, ces histoires seront-elles de bon augure pour la présentation de nos vins à Millésime Bio et à Angers ? Je n’en sais rien. L’année dernière les « Papis du Buena Vista Social Club » combinés aux apparitions de l’homme au chapeau à la Ry Cooder avaient été de bons catalyseurs d’énergies positives. Toujours est-il que cette semaine à bien commencé. Je me disais cela mardi en lisant à mes enfants le
Quand j’ai raconté à David Schildknecht, responsable L.R. et Autriche pour le Wine Advocate de R. Parker, que notre blanc 2007 avait été refusé deux fois aux dégustations d’agrément de l’INAO pour « excès d’acidité », il a failli s’étrangler et réagi :
David semble fasciné par ces vins. Il me parle d’une région d’Autriche aux vins doux traditionnels mais où une poignée de vignerons se sont lancé dans les vins secs. Des cépages locaux. Noms oubliés. Un peu comme nos Carignans gris que nous allons sélectionner tôt le matin parmi une mer de Carignans noirs centenaires. De même les Grenanches gris, Macabeux, Muscats qui poussent en foule dans la belle combe du Berteil.
Nous continuons la dégustation. Le 2006 commence tout juste à s’ouvrir. David me parle de la lenteur d’expression des grands blancs. Pour lui le 2007 à un plus grand potentiel encore. Cependant, réservé, presque timide il ne nous laisse entrevoir que des bribes de son avenir.
Fin de bouche, la salinité est perceptible. Une sensation agréable, étrange, qui donne envie d’y revenir. David me parle de cette minéralité unique tout en murmurant une histoire mystérieuse à l’oreille de son dictaphone.
David me raconte qu’en descendant de Calce la veille il a vu l’ombre de ceps centenaires défiler sous le pinceau rectiligne de la pleine lune. Dans le lointain, la silhouette imposante du Canigou se découpait nettement entre deux valons. Couchés, debout, couchés, debout. Telle une langue ancienne que nous ne comprenons qu’à peine, ces ceps nous racontent l’histoire d’un passé en devenir. Saurons-nous préserver les derniers survivants de cet héritage ? Saurons-nous traduire ces textes en paroles compréhensibles de nos jours ? Peut être ? Peut être ces nouveaux blancs du Roussillon sont ils une nouvelle lecture de textes oubliés mais à jamais vivants.
Le jour se lève à peine. Il fait 12°, deux de moins qu’à Perpignan. Nous sommes en altitude. Charles et les frères 4L _ils sont pas frères mais s’appellent tous deux José et possèdent chacun une 4L fourgonnette beige et bleu d’avant le phylloxéra_ ont pris les choses en main. Charles comme à son habitude est d’une humeur exécrable _Il à très bon cœur, mais en vendanges il stresse et le matin c’est pas son truc_
Car la suite se profile déjà à l’horizon proche de la parcelle. C’est le moment que choisie « Dona Lua » pour intervenir. Là ça commence à devenir plus sérieux. Directe et précise, les petits arrangements entre amis que tolérait encore Charles, ne marchent plus. On passe de la grappe au grain, de la vue d’ensemble au détail. Le temps des arrangements est bel et bien épuisé, fini, over, terminado, kaput.
Toutes ces informations sont précieuses. Ce sont elles qui nous fourniront les clés de lecture du millésime. Sans ces clés, pas de décisions avisées, pas d’adéquation avec les caractéristiques de ce raisin cueilli aujourd’hui à Belesta, Roussillon, Fenouillèdes, ce jour de septembre 2008.
Dans l’air fraichissant, nous nous asseyons un moment, les pieds suspendus au bord de la plateforme. Une nappe de brume bleutée, recouvre déjà la plaine du Roussillon d’où s’élève, pâle et droite, la fumée de quelques feux. Le vent s’est calmé. A l’ouest la masse rassurante du Canigou nous fascine toujours autant. Le sommet ourlé d’orange savoure ses derniers rayons de soleil visibles. A l’est, sombre flaque de carbone liquide, la mer s’endort.
C’est presque devenu une tradition à la maison. Tout au long de l’année qui précède un nouveau millésime. Nous discutons sur le vin que nous avons envie de faire aux prochaines vendanges. Quel sera son style, son degré de maturité tannique, son acidité. Son corps, sa concentration. Cueillerons-nous tel cépage de telle parcelle aussi tôt que l’année dernière, ou aussi tard qu’il y a deux ans ? Rechercherons-nous un fruit plus présent ?
Souvent on nous pose la question: mais enfin, c’est bien la nature qui décide de la qualité du millésime ? Oui et non. Oui, pour les caractéristiques générales du millésime que l’on peut souvent sentir dans le goût des fruits locaux de l’été précédent les vendanges, précocité, concentration, potentiel de maturité, complexité, aptitude à une maturation complète. Non, pour la date des vendanges (et c’est déjà essentiel), pour le choix d’une des maturités à l’intérieur du plateau de maturité phénolique. Juste mûr, juste bon, juste sur mûr. Non aussi pour le style de vin. Oui et non pour la qualité et le force de l’acidité. Un peu plus « non » peut être pour la qualité de l’acidité, parce qu’elle me semble plus déterminée par le type de travail en amont dans les vignes. Avec un avantage indéniable pour le travail naturel, bio, ou bio d. Un peu plus « oui » pour la force de l’acidité qui est inversement proportionnelle aux courbes de maturité.
Après un Millésime 2006 caractérisé par une fraîcheur de qualité exceptionnelle (pas seulement pour les raisins mais pour les fruits en général), 2007 réintroduit un peu du caractère Méditerranéen qui s’était légèrement estompé au cours des deux Millésimes précédents.
Ce texte a été publié dans le rubrique "carte blanche à"... de LPV le: 24.04.2008
Quelques années ont passé et je me demande aujourd’hui quel est le rapport entre les paysages exceptionnels du Roussillon, notre goût pour la nourriture issue de produits naturels, la Méditerranée et les terroirs du Fenouillèdes (zone correspondant à l’AOC Côtes du Roussillon Villages). Ça paraît tangentiel mais bon, puisque Jérôme m’a demandé d’écrire un truc dans « carte blanche de LPV », accrochez vous aux sarments, on est parti.
En bordure de ce petit morceau de garrigue ou de maquis il y a le paysage. Quoi de plus inutile et en même temps indispensable au terroir que ces paysages rudes et rugueux du Roussillon. Dans le train qui me ramène de Toulouse où étudiant, je terminais mon stage de fin d’études, nous traversons les étangs au sud de Narbonne. Comme dans un film de Miyazaki, le train court sur une mince bande de sable rectiligne, entourée d’eau salée. C’est à c’est endroit que Trenet à parait-il imaginé sa chanson « la mer ». La nuit va bientôt tomber et l’on aperçoit dans l’étang le reflet du Canigou enneigé. Le ciel, tailladé de traînées rouges et de minces filets de nuages zigzagant, me rappelle que la Tramontane a soufflé fort ces derniers jours. Sous mes pas je ressens le craquement familier des débris de coquillages que nous ramassions, enfants, sur les rivages de l’île de la tortue.
A condition de se tenir aussi éloigné que possible des chauvinismes les plus abrutis, ces paysages sont aussi source d’inspirations. En tous cas pour ceux qui le désirent. Car ils n’appartiennent à personne. Un vent chaud, sec comme la pierre, au détour d’un chemin. Un branche de thym ancienne. Une feuille de figuier naissante et craquante. Un piquet d’acacias. Un bosquet de ronces. De roseaux ou de joncs signalant la présence d’eau. Une mure, une arbouse, une figue fleur, un cerisier, le reflet argenté d’un olivier. Un paysage minéral et parfumé. Où la vue porte loin. Un sentiment de commencement du monde, d’univers en mouvement, ralenti par l’immensité. Peut être ce que l’on ressent dans le désert. Comment ne pas avoir envie d’y faire du vin. De le choyer sans l’abuser. Puisque l’énergie est là. Cette énergie que l’on retrouve aussi dans le vin de ces terroirs de granit, de Gneiss, de Schistes, de ces Grenaches, ces Carignans centenaires.
Bien sur, il n’y a pas encore (ou presque) de tradition de grands vins et l’ambition d’en faire est récente. Le travail en bio y est peut être un peu plus « facile » qu’ailleurs _encore le sec_ mais les rendements sont alors si faibles _toujours le sec_ qu’il est difficile d’y produire à bon marché. L’absence de notoriété est un handicap sérieux pour la commercialisation et j’envie parfois les collègues vignerons d’appellation plus connues qui semblent moins courir après la reconnaissance.
Alors, qui sommes nous ? Des « Gavatch » ? Sans doute le sommes nous devenus ou bien l’étions nous déjà avant. Des mélanges, des passionnés, des garagistes sensibles et beaucoup des vignerons, vigneronnes, de la nouvelle vague du Roussillon le sont aussi. Aiguillonnés par l’ambition de faire bien, de faire beau, de sortir de la médiocrité. De s’approprier pour un instant ces paysages sans les trahir, sans les ternir. De retrouver le goût du bon, du simple, du vrai.
Il y a 15 ans nous avons vécu 3 mois en Italie. Piazza Santa Maria dei Batuti à Treviso dans le Veneto. Nous y avons appris le goût et la simplicité des produits frais naturels, préparés sans artifices, se suffisant à eux même. La pizza battuta de Montebeluna, couverte de ruccola et de pomodori freschi. Les huiles d’olives de la Liguria, subtiles et douces. Les Brunello de Montalcino. La polenta de la tratoria Toni del Spin, via Inferiore. Les pâtes fraîches de la fabrique « bottega del tortellino » via palestro. Le goût amer du Radichio de Treviso.
En fin de semaine nous retrouvions Miriam et Dario. Nous avions connu Miriam par Franca, elle donnait des leçons d’italien à Lèia. Moi dans mon coin je bossais sur Assimil. Nous allions à Venise voir une exposition de Guardi, visitions la Filanda, une ancienne filature reconvertie en pépinière d’architectes, publicistes (Benetton n’était pas loin), où Dario avait créé son studio d’architecture et planifiait la rénovation. Parfois nous allions à l’auberge de San Martino dans les collines. La cuisinière nous expliquait que le secret de la complexité du goût des Pâtes aux champignons était lié au mélange d’au moins trois variétés. C’est aussi ce que nous constatons sur notre terroir de Belesta. C’est ce mélange de notre bonne trentaine de parcelles isolées dans la garrigue sur des niveaux d’altitudes et de roches différents qui donne cette complexité à nos vins.
Le patron, grand amateur de vin, remontait une bouteille de Banyuls de sa cave pour accompagner le dessert au chocolat. Dans un coin de la salle un groupe de gamins du village fabriquait une lampe « design » avec du fil de fer et des matériaux de récupération pour l’offrir à la patronne en l’honneur de son anniversaire. En semaine, Lèia préparait quelques sushis qu’elle avalait avec Miriam sur un des rares ponts sans parapets de Venise. A cette époque déjà, nous rêvions de faire du vin.
Aujourd’hui, Miriam et Dario ont 2 enfants. Le studio de Dario est toujours situé à la Filanda. Franca vit avec Augostino à Conegliano où ils tiennent une pharmacie. Franca soigne plus les vieux par la chaleur de son accueil que par la quantité de médicaments qu’ils emportent chez eux. Et Augostino le pharmacien, remplaçant un peu Oscar, sert des prosecco aux habitués de passage. Le vin dont nous rêvions est devenu « Numero Uno », du nom de notre Osteria favorite dans le Kreuzberg du Berlin d’avant le mur où nous habitions autour de cette période et en l’honneur de la cuisine italienne que nous avions tant aimé à Treviso.
En passant par la « bottega del tortellino », la patronne nous reconnaît et fait goûter aux enfants un délicieux tortellini cru au « radichio » et à la « ricotta ». Ces petites pâtes, diaboliquement subtiles et simples nous ramènent dans notre histoire et nous mesurons combien ces 3 mois passés ici il y a 15 ans, ont été source d’inspiration pour notre goût et pour le vin que nous voulions faire. De cette petite amertume en finale, dues aux antioxydants de certaines huiles d’olives très fraîches qui nous surprenait au début. Et qui pourtant était si délicieuse avec les salades fraîches du Veneto. Les recettes que nous enseignait la vendeuse du marché aux poissons, «linguine alle vongole », « fettucine al nero di sepia ».
C’est peut être tout cela qui est fascinant dans l’art de faire du vin. Une synthèse d’influences, de rencontres, de racines. Les miennes, catalanes, cuisine de sel et d’huile, simplissime et fruitée, paysanne et ultra méditerranéenne. Légumes cuits au four arrosés d’huile d’olive, escargots au sel et aux herbes, bien secs et parfumés. Boudin noir grillé aux sarments (du Clot de l’Oum, s’il vous plait). Lactaires délicieux irrigués d’huile d’olive et retournés sur le grill. Celles de Lèia, brésilienne pour la connaissance du fruit, japonaise pour la rigueur, le goût du produit par lui-même. Nature et pur. Et finalement cette influence italienne. Notre grain de folie, notre liant et notre source d’inspiration. C’est aussi ces rencontres joyeuses, des lectures, des films, une langue mélodique, aux accents toniques fous. Que nous retrouvons peut être dans nos vins. Des fruits bien frais. Du frais de qualité. Des tanins polis mais pas timides. De l’énergie et beaucoup, beaucoup de chance.
Mise en bouteille des 2006,
Toujours est-il que Didier vient de débarquer avec ses machines genre « Transformers ». Je sais, c’est un film extrêmement mauvais mais je ne vois pas d’autres images pour qualifier les insectes de métal géants qui balayent frénétiquement le mur de lumière solaire qui inonde maintenant la cave assoupie.
Nous sommes partis pour 12500 bouteilles, cinq cuvées différentes et 12 bonnes heures de Samba Reggæ tendance Olodum de Salvador. Après, le vin en aura fini de ses années d’enfances. Il pourra partir vivre sa vie de vin en bouteille sans nous. De Portland à Tokyo en passant par Londres et Chicago. Une vraie vie de bon vin. Bien sur de temps en temps il faudra se déplacer pour expliquer. Raconter comment de bons raisins cultivés biologiquement sur les hautes pentes de granit de Belesta ont donné ce jus si frais si minéral. Comment il a fallut lire le millésime 2006 pour en arriver là. Et puis finalement comment après 15 mois de boulot en barriques usagées il a bien fallut s’en séparer. Et aujourd’hui, il est là, bien droit, dans son nouveau costume vert tout neuf, tout fier, tout propre.
On sait qu’il ira loin. On a confiance en lui.
Nous sommes dans un cercle de 3 km autour de Belesta. L’altitude varie de 300 à 600m. Les sol varient d’est en ouest, de la fin du schiste de la zone de Montner/Força Real/Caladroy qui marque le début de l’appellation Caramany à l’intérieur des Côtes du Roussillon Villages. Aux granits descendant vers Ille sur Tet et Montalba. En passant par une zone intermédiaire de Gneiss d’altitude. Les vignes sont travaillées depuis 10 ans en mode organique. Le granit se présente sous une forme caillouteuse très blanche en altitude et se transforme en sables granitiques pour les parcelles les plus basses. Le Gneiss est généralement granuleux parsemé de cailloux en décomposition. Le schiste est presque toujours un micaschiste du genre concassé. Pour les argiles, je n’ai pas de données disponibles. Il nous faudrait creuser des fosses sur la trentaines de parcelles (0,5 ha en moyenne) qui constitue la propriété. La végétation semble présenter une plus grande biodiversité sur les sols granitiques, surtout les arènes. Chênes pour les schistes et gneiss. Végétation plus basse et plus typiquement méditerranéenne, pins, lavande, thym, etc… pour les granits.
Parcelle de « Julia », Belesta, 300m, schistes, grenaches et carignans 40 ans. Exposition sud. De la puissance, un peu de lourdeur, matière très dense, moins de minéralité, moins de finesse. C’est la dernière parcelle de carignans et de grenaches noirs sur schistes que nous gardons sur Belesta. Sur les autres, seuls les cépages gris (grenaches et carignans) ou blancs (grenaches, macabeu, muscat) ont été conservé. En blanc, paradoxalement nous recueillons une grande minéralité, fraîcheur et salinité. Notamment sur la combe schisteuse du Berteil. Cirque oblong, planté de grenaches gris et blancs de 60 ans. Paysage très côte Vermeille (Banyuls), exposé ouest, altitude 350m.
Un peu plus haut (550m) toujours sur des gneiss, nous arrivons aux « Planals », plein nord, qui surplombent le barrage de Caramany. Les carignans de 60 ans, donnent des vins d’une extrême finesse, plus minéraux, équilibrés, à faible teneur d’alcool, complexes, au corps léger mais ferme et fluide.
Sur la rive gauche de la rivière sèche, zone des Bades. Syrah de 30 ans. Structure très fine, fluide (très Côtes du Rhône septentrionales), minéralité, fruit subtil, grande persistance et énergie extrême.
Si nous devions quand même essayer de donner notre sentiment sur la question, nous dirions : que l’altitude est semble t-il un facteur prépondérant, que syrah et carignan donne des vins que nous préférons sur gneiss et granit par rapport au schiste. Plus d’énergie, de rectitude, de minéralité. Ces facteurs étant encore amplifiés par l’augmentation de l’altitude. Les grenaches restent, à un niveau moindre (peut être du au sucre plus abondant) dans la même lignée mais n’atteignent pas la puissance aromatique des grenaches du terroir de Maury. Peut être sont ils handicapés par leur finesse qui leur confère une apparence plus discrète et subtile.
Dans les vignes à Belesta. Escalibade, sashimis de saumon, carpacio de mangue et avocat. « Butifara » (boudin noir) catalane grillée. Betteraves, persil, citron, huile d’olive, tout bio. Riz blanc, cuit à la japonaise. Vins frais. Il fait 22° à l’ombre. Sous le haut vent du casot qui nous abrite nous apercevons à l’ouest, le Canigou enneigé (faiblement) et à l’est les roches bleutées du cap Béar qui s’évaporent dans la mer. 3 mois qu’il n’a pas vu le soleil, Ole (notre importateur Danois), n’en revient toujours pas. Il scrute le soleil qui maintenant commence à s’affaisser sur les Pyrénées lointaines, comme si c’était la première fois. La nuit vient de tomber. Surgi du néant, après une heure d’errance dans les collines du Fenouillèdes pour cause de carte découpée, Laurent Mélotte vient d’arriver. Nous goûtons rapidement, fermons la boutique et replongeons dans le noir.
Au numéro 1 des allées du palais des expositions de Perpignan où pour la première fois se déroule Millésime-bio, nous nous installons. La salle est spacieuse, propre, moderne. La température est bonne. Chacun dispose d’une table identique (grande). Longs « Jéroboams » embouchés d’un entonnoir géant, les crachoirs (une fois n’est pas coutume) sont efficaces, nombreux. Mieux circonscrits et moins immondes que les classiques auges du type « sideways » ouvertes à tous les vents. Les verres sont très bons, des petits Spiegelau gravés M-bio, changés très souvent et en abondance sur les tables. Un WIFI gratuit permet, dans les périodes de déprime, de consulter ses courriels ou de parler avec sa Maman sur Skype. La partie oenotèque (gratuite pour les vignerons, ce qui n'est pas le cas des salons Mamouths) située un peu à l’écart, reprend chaque vin rangé par numéro de stand. Les bouteilles sont régulièrement changées et munies d’une fiche signalétique. Le restaurant est correct, le repas est inclus dans l’invitation qu’a reçu chaque professionnel.
Hautes pressions, pleine lune, tramontane, que sais-je, les vins se goûtent mal. Patrick Meyer nous dit qu’il n’a jamais vu ses vins évoluer avec autant de rapidité alors qu’en général ils font preuve d’une grande stabilité. Un peu déconfit par la phase de dégustation de nos vins, j’aperçois un Monsieur qui me regarde la tête penchée sur le coté. Tu me reconnais ? Une dernière étincelle de lucidité jaillit du brouillard obscurcissant mon cerveau et je reconnais Bertrand le Guern. Je rattrape Laurent Mélotte qui, bille en tête s’apprêtait à attaquer la journée et lui présente l’image réelle du BlG virtuel qu’il connaissait déjà sur LPV. Les deux compères sont partis dans une discussion que seul un Einstein du vin pourrait comprendre et d’où il ressortira que leurs sensations sur les vins dégustés sont très proches.
Rassuré, je retourne à ma table où Leia tourne déjà à 200 à l’heure. Ça promet. A quelques tables derrière nous, deux Papis, genre « Buena Vista Social Club » dissertent de la dernière attaque de Phylloxéra du printemps 1929. Pour la quatrième fois un homme au chapeau genre « Ry Cooder » vient de passer devant notre table sans s’arrêter. J’interprète ces signes concordants de manière encourageante pour la suite. Dans les allées de l’Oenotèque, les « Roux & Combalusier » du vin, Bertrand et Laurent, continuent leur dissertation dont j’ai de plus en plus de mal à comprendre les tenants et les aboutissants. Pour plus de précaution nous les prenons en photo. Pour Jean Louis Tribouley, ce salon est un des seuls auquel il participe. Le rapport qualité/prix est selon lui meilleur que les autres et il retrouve ici la majeure partie de ses clients . En apercevant au loin le bonnet de laine d’Eric Laguerre, nous comprenons maintenant l’origine de la température glaciale de ses vins. Lui qui descend tous les matins de sa montagne de Saint Martin de Fenouillet.
C’est le départ. Chacun s’affaire pour rassembler ses affaires. Installé pour la première fois à Perpignan, ce jeune salon fait preuve d’une grande maturité à un coût raisonnable sans sacrifier à la qualité et à la modernité de l’organisation pour se concentrer sur la présentation la plus efficace du vin et seulement du vin.
Cette année le salon
Vous aurez compris que la simplicité et le coût raisonnable de ce salon qui se concentre uniquement sur le vin et sur la manière de le produire me conviennent au moins autant que la rapacité et l'esbroufe de « gros salons » m'incommodent. Il y a peu je recevais encore un mail de l’organisateur d’un de ces « Mammouths » m'informant que nous pouvions déposer des échantillons destinés à être bu en libre service pour la "modique" somme de 30 EUR par bouteille. A millésime-bio se service qui ne coûte rien pour peu qu'on laisse les visiteurs se servir eux mêmes est gratuit.