Minéralité, énergie, fraîcheur… Fruit, si affinités
Les carnets du gneiss et du granit
Ceci est la réponse à une question de David Schildknecht sur l'existence d'une spécificité aromatique, gustative ou structurelle des cépages grenache et carignan sur sols granitiques, de gneiss et schisteux. Si cette spécificité existe pourrait-on mettre en lumière la manière dont chacun de ces trois sols influencent le fruit, la structure ou le parfum de vins issus de ces terroirs.
Um pouco complicado, nicht wahr?
Nous sommes dans un cercle de 3 km autour de Belesta. L’altitude varie de 300 à 600m. Les sol varient d’est en ouest, de la fin du schiste de la zone de Montner/Força Real/Caladroy qui marque le début de l’appellation Caramany à l’intérieur des Côtes du Roussillon Villages. Aux granits descendant vers Ille sur Tet et Montalba. En passant par une zone intermédiaire de Gneiss d’altitude. Les vignes sont travaillées depuis 10 ans en mode organique. Le granit se présente sous une forme caillouteuse très blanche en altitude et se transforme en sables granitiques pour les parcelles les plus basses. Le Gneiss est généralement granuleux parsemé de cailloux en décomposition. Le schiste est presque toujours un micaschiste du genre concassé. Pour les argiles, je n’ai pas de données disponibles. Il nous faudrait creuser des fosses sur la trentaines de parcelles (0,5 ha en moyenne) qui constitue la propriété. La végétation semble présenter une plus grande biodiversité sur les sols granitiques, surtout les arènes. Chênes pour les schistes et gneiss. Végétation plus basse et plus typiquement méditerranéenne, pins, lavande, thym, etc… pour les granits.
Parcelle de Maury (la seule n’appartenant pas à la zone Belesta), Grenaches d’environ 60 ans d’age, exposition Nord, labour à la mule, schiste sur socle de calcaire. On observe des vins possédant moins de minéralité, plus puissants, aromatiques, fluides, complexes, chauds, veloutés et possédant moins de finesse que les vins de nos parcelles plus hautes de Belesta surtout les gneiss et granits.
Parcelle de « Julia », Belesta, 300m, schistes, grenaches et carignans 40 ans. Exposition sud. De la puissance, un peu de lourdeur, matière très dense, moins de minéralité, moins de finesse. C’est la dernière parcelle de carignans et de grenaches noirs sur schistes que nous gardons sur Belesta. Sur les autres, seuls les cépages gris (grenaches et carignans) ou blancs (grenaches, macabeu, muscat) ont été conservé. En blanc, paradoxalement nous recueillons une grande minéralité, fraîcheur et salinité. Notamment sur la combe schisteuse du Berteil. Cirque oblong, planté de grenaches gris et blancs de 60 ans. Paysage très côte Vermeille (Banyuls), exposé ouest, altitude 350m.
En remontant vers le nord en direction des « Planals » à 500m d’altitude. Gneiss, exposition sud et pentes assez inclinées. Syrah de 30 ans et 10 ans. « Planals de Nagello », la parcelle la plus vieille (au dessus) donne des vins plus tanniques, élégants, structure granuleuse accentuée, complexité. La parcelle la plus jeune (du dessous), structure granuleuse fine, moins tannique, fraîcheur et énergie.
Un peu plus haut (550m) toujours sur des gneiss, nous arrivons aux « Planals », plein nord, qui surplombent le barrage de Caramany. Les carignans de 60 ans, donnent des vins d’une extrême finesse, plus minéraux, équilibrés, à faible teneur d’alcool, complexes, au corps léger mais ferme et fluide.
Toujours plus haut à 600m, la vigne de « Saint Barthélémy » au pied de la chapelle du XIII siècle du même nom. Abrite nos plus vieux carignans (100 ans). Les vins sont fluides, plus tanniques, rectilignes, un peu moins minéraux, ouverts, persistants. La structure est aussi granuleuse mais plus fine qu’à « Nagello ».
Nous redescendons vers l’ouest, dans le cirque de granit de la zone du Mas. Altitude 500m. Carignans de 50 ans. Exposition sud ouest. Blancs cailloux de granit très pur. Vins minéraux, sans aspérités, froids à l’acidité qualitative. Sur la parcelle adjacente, plus pentue, plus blanche, plus froide, syrah de 30 ans. Les vins ont une structure fine, longiligne, sont très minéraux et complexes.
A l’opposé, plus haut sur les pentes du cirque. 550m, nord-est. Grenache pelut, 40 ans. Finesse, minéralité (moins que la syrah et le carignan), plus de fruit, plus d’acidité, matière fluide.
Toujours plus bas, en suivant la grande veine de granit qui descend sur Ille sur Tet. 400m, les grenaches de la Soubaille. 35 ans, arènes de granit. Sur la rive droite de la rivière, à sec, presque toujours. Droit, minéral (moins que sur la zone du Mas), fin et souvent chaud.
Sur la rive gauche de la rivière sèche, zone des Bades. Syrah de 30 ans. Structure très fine, fluide (très Côtes du Rhône septentrionales), minéralité, fruit subtil, grande persistance et énergie extrême.
Après plus de 10 ans d’expérience sur les gneiss, schistes et granits de Belesta. Sur une grande amplitude d’altitudes différentes, des orientations très multiples, trois cépages, trois types de sols principaux et des sous groupes dus à la granulométrie variable. Il est encore très difficile d’établir des caractéristiques d’interactions moyennes et communes entre les sols, l’orientation, l’altitude et les cépages. Tant les situations de chaque parcelle sont uniques dans cette zone de « convulsion » pré pyrénéenne.
Si nous devions quand même essayer de donner notre sentiment sur la question, nous dirions : que l’altitude est semble t-il un facteur prépondérant, que syrah et carignan donne des vins que nous préférons sur gneiss et granit par rapport au schiste. Plus d’énergie, de rectitude, de minéralité. Ces facteurs étant encore amplifiés par l’augmentation de l’altitude. Les grenaches restent, à un niveau moindre (peut être du au sucre plus abondant) dans la même lignée mais n’atteignent pas la puissance aromatique des grenaches du terroir de Maury. Peut être sont ils handicapés par leur finesse qui leur confère une apparence plus discrète et subtile.
Dans les vignes à Belesta. Escalibade, sashimis de saumon, carpacio de mangue et avocat. « Butifara » (boudin noir) catalane grillée. Betteraves, persil, citron, huile d’olive, tout bio. Riz blanc, cuit à la japonaise. Vins frais. Il fait 22° à l’ombre. Sous le haut vent du casot qui nous abrite nous apercevons à l’ouest, le Canigou enneigé (faiblement) et à l’est les roches bleutées du cap Béar qui s’évaporent dans la mer. 3 mois qu’il n’a pas vu le soleil, Ole (notre importateur Danois), n’en revient toujours pas. Il scrute le soleil qui maintenant commence à s’affaisser sur les Pyrénées lointaines, comme si c’était la première fois. La nuit vient de tomber. Surgi du néant, après une heure d’errance dans les collines du Fenouillèdes pour cause de carte découpée, Laurent Mélotte vient d’arriver. Nous goûtons rapidement, fermons la boutique et replongeons dans le noir.
Au numéro 1 des allées du palais des expositions de Perpignan où pour la première fois se déroule Millésime-bio, nous nous installons. La salle est spacieuse, propre, moderne. La température est bonne. Chacun dispose d’une table identique (grande). Longs « Jéroboams » embouchés d’un entonnoir géant, les crachoirs (une fois n’est pas coutume) sont efficaces, nombreux. Mieux circonscrits et moins immondes que les classiques auges du type « sideways » ouvertes à tous les vents. Les verres sont très bons, des petits Spiegelau gravés M-bio, changés très souvent et en abondance sur les tables. Un WIFI gratuit permet, dans les périodes de déprime, de consulter ses courriels ou de parler avec sa Maman sur Skype. La partie oenotèque (gratuite pour les vignerons, ce qui n'est pas le cas des salons Mamouths) située un peu à l’écart, reprend chaque vin rangé par numéro de stand. Les bouteilles sont régulièrement changées et munies d’une fiche signalétique. Le restaurant est correct, le repas est inclus dans l’invitation qu’a reçu chaque professionnel.
Hautes pressions, pleine lune, tramontane, que sais-je, les vins se goûtent mal. Patrick Meyer nous dit qu’il n’a jamais vu ses vins évoluer avec autant de rapidité alors qu’en général ils font preuve d’une grande stabilité. Un peu déconfit par la phase de dégustation de nos vins, j’aperçois un Monsieur qui me regarde la tête penchée sur le coté. Tu me reconnais ? Une dernière étincelle de lucidité jaillit du brouillard obscurcissant mon cerveau et je reconnais Bertrand le Guern. Je rattrape Laurent Mélotte qui, bille en tête s’apprêtait à attaquer la journée et lui présente l’image réelle du BlG virtuel qu’il connaissait déjà sur LPV. Les deux compères sont partis dans une discussion que seul un Einstein du vin pourrait comprendre et d’où il ressortira que leurs sensations sur les vins dégustés sont très proches.
Rassuré, je retourne à ma table où Leia tourne déjà à 200 à l’heure. Ça promet. A quelques tables derrière nous, deux Papis, genre « Buena Vista Social Club » dissertent de la dernière attaque de Phylloxéra du printemps 1929. Pour la quatrième fois un homme au chapeau genre « Ry Cooder » vient de passer devant notre table sans s’arrêter. J’interprète ces signes concordants de manière encourageante pour la suite. Dans les allées de l’Oenotèque, les « Roux & Combalusier » du vin, Bertrand et Laurent, continuent leur dissertation dont j’ai de plus en plus de mal à comprendre les tenants et les aboutissants. Pour plus de précaution nous les prenons en photo. Pour Jean Louis Tribouley, ce salon est un des seuls auquel il participe. Le rapport qualité/prix est selon lui meilleur que les autres et il retrouve ici la majeure partie de ses clients . En apercevant au loin le bonnet de laine d’Eric Laguerre, nous comprenons maintenant l’origine de la température glaciale de ses vins. Lui qui descend tous les matins de sa montagne de Saint Martin de Fenouillet.
C’est le départ. Chacun s’affaire pour rassembler ses affaires. Installé pour la première fois à Perpignan, ce jeune salon fait preuve d’une grande maturité à un coût raisonnable sans sacrifier à la qualité et à la modernité de l’organisation pour se concentrer sur la présentation la plus efficace du vin et seulement du vin.